IGF-I: une nouvelle possibilité thérapeutique lors de faiblesse cardiaque (insuffisance cardiaque)?

BClinique en système cardiovasculaire

Dr Marc Donath
Zurich

Donath M.Y., Sütsch G., Yan X.W., Piva B., Brunner H.P., Glatz Y., Zapf J., Follath F., Froesch E.R., Kiowski W. (1998). Acute cardiovascular effects of insulin-like growth factor I in patients with chronic heart failure.
J Clin Endocrinol Metab 83: 3177-83

Le facteur de croissance I ressemblant à l'insuline (en anglais: insulin-like growth factor-I; en abrégé: IGF-I) est une hormone apparentée à l'insuline; elle est produite dans la plupart des tissus et circule dans le sang. Sa principale fonction physiologique est celle d'un facteur de croissance, dépendant de l'hormone de croissance dont elle transmet l'action. Cette hormone fait depuis bientôt quarante l'objet de s actives à Zurich.

C'est en 1963 que l'existence d'un facteur ressemblant à l'insuline a été mis en évidence par le professeur E.R. Froesch et ses collègues du département d'endocrinologie et de métabolisme de l'hôpital universitaire. En 1978, ce facteur a été isolé à l'institut de biochimie de l'université de Zurich par le groupe du professeur R.E. Humbel, qui en a également clarifié la structure. Ces dernières années, il s'est avéré que l'administration d'IGF-I avait non seulement des effets marqués sur le métabolisme mais aussi une influence sur la fonction cardiaque. Sous la direction du professeur J. Zapt (hôpital universitaire) et en collaboration avec le groupe de du professeur H.M. Eppenberger (ETH), nous avons tout d'abord pu montrer que l'IGF-I stimule la formation de l'appareil contractile (les myofibrilles) dans des cellules du muscle cardiaque isolées chez le rat. L'expérimentation animale nous a permis de confirmer que l'IGF-I favorise la formation de protéines appartenant à l'appareil contractile du coeur. Forts de ces résultats, nous avons étudié les effets de l'IFG-I sur le système cardiovasculaire de l'homme. Une première étude a considéré les effets à court terme de l'IFG-I chez des volontaires sains. Il s'est avéré que l'IGF-I augmente le débit cardiaque, c'est-à-dire la capacité de pompage du coeur. Nous avons ensuite examiné, dans le cadre d'une étude pilote en collaboration avec le professeur W. Kiowski et le docteur G. Sütsch du service de cardiologie de l'hôpital universitaire, les effets de l'IGF-I chez des patients en insuffisance cardiaque. Une insuffisance cardiaque traduit une faiblesse de la capacité du coeur dont la fonction de pompage est insuffisante pour les besoins de l'organisme. Une irrigation du coeur insuffisante (appelée maladie coronarienne) en est souvent l'origine. Cette cardiopathie est une cause fréquente de décès. A ce jour, il n'existe pas de traitement qui s'attaque de manière ciblée à l'organe malade, le coeur. Pour l'instant, on ne peut que soulager le coeur avec des médicaments. Au stade terminal, le seul recours possible est la transplantation cardiaque. C'est dans ce contexte que nous avons conçu notre étude pilote. De l'IGF-I a été perfusé en continu pendant 4 heures à 8 patients atteints d'insuffisance cardiaque. Un cathéter cardiaque a permis d'observer que l'IGF-I augmente le volume systolique et le débit cardiaque même en présence d'une insuffisance cardiaque. L'intensification du travail du coeur provenait premièrement d'une stimulation directe de la contraction cardiaque et deuxièmement d'un élargissement des vaisseaux, par conséquent aussi d'une diminution de la résistance vasculaire. Cet élargissement des vaisseaux a pour effet de décharger le coeur. Sous IGF-I, aucun événement indésirable ne s'est produit, tant au repos qu'à l'effort.

Tout ceci montre que l'IGF-I a non seulement des effets métaboliques mais aussi des effets cardiovasculaires. De ce fait à l'avenir il s'agira de mesurer le potentiel thérapeutique de l'IGF-I à long terme dans les maladies cardiovasculaires. On peut s'attendre à ce que les effets cardiovasculaires aigus (augmentation du travail du coeur et élargissement des vaisseaux) s'avèrent favorables mais surtout que la stimulation de l'appareil contractile par l'IGF-I induise en plus une amélioration durable de la fonction de pompage. Finalement, l'IGF-I abaisse les taux des lipides sanguins et améliore le métabolsime du glucose lors de diabète; il réduit donc d'importants facteurs de risque de maladie coronarienne.

 

Résumé du travail primé
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