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Lauréates et lauréats 2021

Lauréates et lauréats 2021

En 2021, 9 travaux de recherche ont été récompensés par le Prix Pfizer de la Recherche.

Système cardiovasculaire, urologie et néphrologie

Infectiologie, rhumatologie et immunologie

Neurosciences et maladies du système nerveux

Oncologie

Pédiatrie

 


Système cardiovasculaire, urologie et néphrologie

PD Dr. Ange Maguy,
Université de Berne

PD Dr. Jin Li,
Université de Berne,
CHUV Lausanne

«Des anticorps contre les arythmies»

Le syndrome du QT long est un trouble caractérisé par un dysfonctionnement des canaux ioniques et, par association, de la conduction électrique dans le muscle cardiaque. Les experts décrivent alors la phase de repolarisation cardiaque comme pathologiquement prolongée. En d’autres termes, le rétablissement de l’état de repos des cellules musculaires du cœur après la phase d’excitation est retardé, ce qui favorise des arythmies cardiaques potentiellement fatales.

Bien que les patients soient traités avec des médicaments, des défibrillateurs cardiaques implantables (DCI) ou une interruption chirurgicale de certaines voies nerveuses (dénervation), un traitement causal n’est actuellement pas disponible. C’est la raison pour laquelle Ange Maguy et Jin Li ont recherché une approche thérapeutique innovante reposant sur l’utilisation d’anticorps. Contexte: La prolongation de la phase de repolarisation du cœur est en grande partie liée au dysfonctionnement des canaux ioniques. Lors d’études cliniques précédentes, il a déjà été souligné que des auto-anticorps dirigés contre un canal potassique spécifique du cœur (auto-anticorps KCNQ1) pourraient être capables de raccourcir la phase de repolarisation. Les deux chercheurs se sont penchés sur la question. Ils ont réussi à isoler les anticorps KCNQ1 de lapins immunisés, afin d’étudier leur fonction et leur potentiel thérapeutique. Les examens électrophysiologiques menés en laboratoire ont montré que ces anticorps raccourcissaient effectivement la phase de repolarisation et supprimaient même complètement la survenue d’arythmies dans les cellules du muscle cardiaque d’un patient atteint du syndrome du QT long.

Cette étude a été la première à démontrer directement in vitro que les anticorps KCNQ1 permettent une repolarisation électrique correcte – c’est-à-dire une phase de relaxation – dans les cellules du myocarde d’un patient atteint du syndrome du QT long. Une immunothérapie reposant sur ces résultats pourrait éventuellement être étudiée à l’avenir en tant qu’approche thérapeutique pour les personnes atteintes du syndrome du QT long.

KCNQ1 Antibodies for Immunotherapy of Long QT Syndrome Type 2. Ange Maguy, PHD, Jan P. Kucera, MD, Jonas P. Wepfer, MSC, Virginie Forest, PHD, Flavien Charpentier, PHD, Jin Li, MD. JACC 2020; VOL 75, No 17:2140–2152.

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Système cardiovasculaire, urologie et néphrologie

Dr. Nikola Kozhuharov,
for the GALACTIC investigators, Hôpital universitaire de Bâle

«Le traitement de l’insuffisance cardiaque aiguë peut-il être amélioré? Étude GALACTIC: effet de la vasodilatation lors d’insuffisance cardiaque aiguë»

Pour les services d’urgence, l’insuffisance cardiaque aiguë représente le diagnostic conduisant le plus fréquemment à une hospitalisation. La morbidité et la mortalité parmi les personnes touchées sont encore très élevées. Environ la moitié d’entre elles décèdent ou doivent être réhospitalisées dans les six mois. Des études ont montré qu’un traitement intensif au moyen de médicaments vasodilatateurs augmente les chances de survie en cas de complications supplémentaires, telles que l’œdème pulmonaire grave, une progression dramatique de la maladie qui ne touche que 5% de tous les patients atteints d’insuffisance cardiaque aiguë.

On ne sait pas encore si une telle intensification de la vasodilatation présente des avantages par rapport au traitement standard actuel dans les situations beaucoup plus courantes de patients atteints d’une insuffisance cardiaque aiguë d’évolution moins grave. L’équipe de recherche a donc voulu examiner cette question dans le cadre de la plus vaste étude thérapeutique sur l’insuffisance cardiaque aiguë jamais initiée par des scientifiques.

Lors de l’étude GALACTIC, 788 patients atteints d’insuffisance cardiaque aiguë ont été traités soit par une vasodilatation intensifiée à la posologie individuelle, basée sur des médicaments largement utilisés et présentant un bon rapport coût-efficacité, soit par un traitement standard. Bien que le traitement étudié ait été bien toléré, le critère d’évaluation principal de l’étude, à savoir la réduction de la mortalité toutes causes confondues et la diminution des ré-hospitalisations après 180 jours, n’a pas été atteint. Cela a permis de montrer que de telles interventions à court terme en cas d’insuffisance cardiaque aiguë ont peu de chances d’apporter un bénéfice à long terme dans une population d’étude hétérogène. Néanmoins, même ces résultats d’étude «négatifs» sont importants, tant pour les recherches futures que pour répondre aux questions sur les stratégies actuelles de traitement de l’insuffisance cardiaque aiguë.

Effect of a Strategy of Comprehensive Vasodilation vs Usual Care on Mortality and Heart Failure Rehospitalization Among Patients With Acute Heart Failure The GALACTIC Randomized Clinical Trial. Nikola Kozhuharov, Assen Goudev, Dayana Flores, Micha T. Maeder, Joan Walter, Samyut Shrestha, Danielle Menosi Gualandro, Mucio Tavares de Oliveira Junior, Zaid Sabti, Beat Müller, Markus Noveanu, Thenral Socrates, Ronny Ziller, Antoni Bayés-Genís, Alessandro Sionis, Patrick Simon, Eleni Michou, Samuel Gujer, Tommaso Gori, Philip Wenzel, Otmar Pfister, David Conen, Ioannis Kapos, Richard Kobza, Hans Rickli, Tobias Breidthardt, Thomas Münzel, Paul Erne, Christian Mueller for the GALACTIC Investigators. JAMA. 2019; 322(23):2292-2302.

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Infectiologie, rhumatologie et immunologie

Dr. Cristina Gil-Cruz,
Hôpital cantonal de Saint-Gall

Dr. Christian Pérez-Shibayama,
Hôpital cantonal de Saint-Gall

Dr. Veronika Nindl,
Hôpital cantonal de Saint-Gall

«Les bactéries intestinales peuvent favoriser l’inflammation du myocarde»

L’inflammation du muscle cardiaque, appelée myocardite, est une affection du cœur qui peut, chez certains patients, entraîner une cardiomyopathie grave avec insuffisance cardiaque. Lors d’une myocardite, le système immunitaire est activé, et deux types de lymphocytes T auxiliaires particuliers (TH1 et TH17) sont dirigés contre une certaine protéine. Les mécanismes qui régulent l’effet néfaste des lymphocytes T spécifiques du cœur ne sont toutefois pas encore suffisamment connus.

Cristina Gil-Cruz, Christian Perez-Shibayama et Veronika Nindl ont voulu examiner les fondements de ces mécanismes. Serait-il possible qu’il existe un lien entre la flore intestinale (également appelée microbiome) et l’apparition de maladies cardiaques inflammatoires? De nombreuses études menées ces dernières années ont en effet clairement montré que la flore bactérienne intestinale exerce une influence majeure sur de multiples processus du corps humain.

À cet égard, le groupe de recherche de Saint-Gall a examiné des souris chez lesquelles se développe une myocardite auto-immune spontanée, en les maintenant dans un environnement soit normal, soit stérile. Le séquençage génétique du microbiome des souris ainsi que d’autres investigations s’appuyant sur des méthodes bio-informatiques ont permis de mettre clairement en évidence que les molécules protéiques favorisant les affections cardiaques sont dérivées du genre bactérien Bacteroides. Par ailleurs, un traitement antibiotique dirigé contre les Bacteroides a, à l’inverse, réduit l’activité des lymphocytes T nocifs pour le cœur (cardiotoxiques) chez ces souris génétiquement sensibles, ce qui les a préservées d’une mort par myocardite. Les chercheurs ont ensuite étudié les réponses des lymphocytes T à ces peptides microbiens et spécifiques au cœur chez des patients atteints de myocardite: cela a permis de montrer que les patients porteurs de certaines variantes de gènes réagissent particulièrement fortement à ces protéines bactériennes et sont donc potentiellement plus susceptibles de développer une myocardite.

Ces découvertes faites par Cristina Gil-Cruz, Christian Perez-Shibayama et Veronika Nindl concernant l’inhibition des lymphocytes T nocifs pour le cœur (cardiotoxiques) par l’altération du microbiome pourraient contribuer à trouver une approche thérapeutique de la cardiomyopathie d’origine inflammatoire.

Microbiota-derived peptide mimics drive lethal inflammatory cardiomyopathy. Cristina Gil-Cruz, Christian Perez-Shibayama, Angelina De Martin, Francesca Ronchi, Katrien van der Borght, Rebekka Niederer, Lucas Onder, Mechthild Lütge, Mario Novkovic, Veronika Nindl, Gustavo Ramos, Markus Arnoldini, Emma M.C. Slack, Valérie Boivin-Jahns, Roland Jahns, Madeleine Wyss, Catherine Mooser, Bart N. Lambrecht, Micha T. Maeder, Hans Rickli, Lukas Flatz, Urs Eriksson, Markus B. Geuking, Kathy D. McCoy, Burkhard Ludewig. Science 2019; 366 (6467):881–886.

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Neurosciences et maladies du système nerveux

Dr. Dasha Nelidova,
Institute of Molecular and Clinical Ophthalmology Basel (IOB) et Friedrich Miescher Institute for Biomedical Research, Bâle

«Illumination des zones sombres de la rétine au moyen de lumière proche infrarouge»

La dégénérescence des photorécepteurs de l’œil, par exemple la dégénérescence maculaire liée à l’âge, est la cause la plus fréquente de cécité dans les pays industrialisés.

L’œil humain est capable de voir dans un spectre de longueurs d’ondes compris entre 390 et 700 nanomètres. En revanche, la lumière proche infrarouge, dont le spectre est supérieur à 900 nm, n’est normalement pas en mesure de stimuler les photorécepteurs humains.

Le groupe de recherche de Dasha Nelidova a voulu examiner si la fonction visuelle pourrait être complétée, voire restaurée d’une manière ou d’une autre, si l’on parvenait à faire en sorte que la lumière proche infrarouge soit détectée par les photorécepteurs. Jusqu’à présent, il n’existait toutefois aucune technologie permettant de produire une telle sensibilité dans une rétine aveugle. Des techniques de génie génétique très sensibles ont alors été développées. Grâce à celles-ci, la chercheuse bâloise est parvenue à doter des canaux ioniques spéciaux de détecteurs à infrarouges, afin de sensibiliser ces canaux appelés «TRP» à la lumière proche infrarouge dans les photorécepteurs de souris aveugles, insensibles à la lumière.

La stimulation par la lumière proche infrarouge a effectivement provoqué une augmentation de l’activité des photorécepteurs et des voies nerveuses afférentes: le comportement des souris auparavant aveugles en raison d’une dégénérescence rétinienne d’origine génétique a pu de nouveau être influencé par exposition au proche infrarouge. Les réponses neuronales ont également pu être modifiées à l’aide de différentes longueurs d’ondes et températures, de nanotiges de différentes longueurs et de minuscules canules spécialement développées à cet effet. Enfin, le groupe de recherche est également parvenu, chez l’être humain, à activer différents types de cellules dans les rétines aveugles de personnes décédées, en stimulant les canaux TRP au moyen de la lumière proche infrarouge.

Cette méthode entièrement nouvelle a non seulement permis d’apporter la preuve fondamentale qu’une certaine fonction visuelle peut être restaurée par l’utilisation de la lumière proche infrarouge, mais elle sert également de modèle pour de nombreuses autres approches visant à étudier la rétine humaine.

Restoring light sensitivity using tunable near-infrared sensors. Dasha Nelidova, Rei K. Morikawa, Cameron S. Cowan, Zoltan Raics, David Goldblum, Hendrik Scholl, Tamas Szikra, Arnold Szabo, Daniel Hillier, Botond Roska. Science 2020; 368 (6495):1108-1113.

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Neurosciences et maladies du système nerveux

Dr. Michael Hugelshofer,
Hôpital universitaire de Zurich

Dr. Raphael Buzzi,
Hôpital universitaire de Zurich

«Anévrismes dans le cerveau: l’haptoglobine empêche la vasoconstriction induite par l’hémoglobine»

Les anévrismes sont des renflements pathologiques de la paroi des vaisseaux sanguins. En cas de rupture d’un anévrisme dans une artère du cerveau, le sang pénètre dans l’espace sous-arachnoïdien, rempli de liquide céphalorachidien (LCR). Quelques jours après l’hémorragie, de dangereux rétrécissements des artères cérébrales se produisent fréquemment, ce qui peut entraîner de graves lésions cérébrales secondaires. Il n’existe jusqu’à présent aucun moyen d’éviter la survenue ultérieure de telles séquelles.

Les recherches du groupe mené par Michael Hugelshofer et Raphael Buzzi se sont appuyées sur l’observation selon laquelle les érythrocytes (globules rouges) se décomposent dans les jours qui suivent une hémorragie, libérant lentement de l’hémoglobine (pigment rouge du sang) dans l’espace sous-arachnoïdien. Existe-t-il une relation causale entre la présence de cette hémoglobine libre dans le LCR et l’apparition de lésions neurologiques secondaires? Quels sont les effets de l’hémoglobine? Cette observation permet-elle de concevoir une intervention thérapeutique?

Afin d’examiner systématiquement ces questions, les chercheurs zurichois ont analysé la composition du LCR dans des échantillons provenant de patients ayant subi une hémorragie cérébrale, et ils ont étudié sur la base de modèles animaux les mécanismes de la toxicité de l’hémoglobine ainsi que les possibilités d’approches thérapeutiques.

Michael Hugelshofer et Raphael Buzzi ont ainsi pu montrer que la présence d’hémoglobine libre dans le LCR entraîne notamment le rétrécissement des vaisseaux cérébraux. Touchant également le tissu cérébral profond, la pénétration rapide de l’hémoglobine du LCR dans les parois vasculaires s’est avérée particulièrement critique. Après une hémorragie, la présence d’hémoglobine libre pourrait donc avoir des effets nocifs beaucoup plus importants qu’on ne le pensait auparavant. Toutefois, la formation d’un complexe entre l’hémoglobine présente dans le LCR et une protéine sanguine, l’haptoglobine, a empêché la pénétration de l’hémoglobine dans les parois vasculaires et le tissu cérébral, prévenant ainsi la vasoconstriction dans le modèle animal.

Les deux lauréats ont identifié que la présence d’hémoglobine libre dans le LCR conduit à des lésions cérébrales tardives. La découverte des mécanismes sous-jacents permettra de poursuivre les recherches afin de développer d’éventuelles options thérapeutiques. La formation d’un complexe hémoglobine-haptoglobine pourrait jouer un rôle important dans ce cadre.

Haptoglobin administration into the subarachnoid space prevents hemoglobin-induced cerebral vasospasm. Michael Hugelshofer*, Raphael M. Buzzi*, Christian A. Schaer, Henning Richter, Kevin Akeret, Vania Anagnostakou, Leila Mahmoudi, Raphael Vaccani, Florence Vallelian, Jeremy W. Deuel, Peter W. Kronen, Zsolt Kulcsar, Luca Regli, Jin Hyen Baek, Ivan S. Pires, Andre F. Palmer, Matthias Dennler, Rok Humar, Paul W. Buehler, Patrick R. Kircher, Emanuela Keller, and Dominik J. Schaer. J Clin Invest 2019 Dec 2;129(12):5219-5235.
*These authors contributed equally to this work.

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Oncologie

Dr. Chloe Chong,
Ludwig Institute for Cancer Research, Lausanne, CHUV et Université de Lausanne

Dr. Michal Bassani-Sternberg,
Ludwig Institute for Cancer Research, Lausanne, CHUV et Université de Lausanne

«Décodage des structures cibles pour la détection immunitaire des tumeurs»

La recherche médicale sur le cancer est de plus en plus axée sur le développement de traitements qui ciblent spécifiquement les tumeurs. Ceci requiert l’identification de propriétés moléculaires qui ne concernent pas les cellules saines du corps, mais qui sont spécifiques aux cellules cancéreuses. Presque toutes les cellules du corps humain présentent de telles structures spécifiques à leur surface: ce sont les antigènes leucocytaires humains, ou peptides HLA. Les cellules tumorales portent également à leur surface ces minuscules protéines, qui peuvent ainsi servir de structures cibles dans le cadre d’immunothérapies contre le cancer.

Il s’agit toutefois d’abord de déceler ces cibles potentielles sur les cellules tumorales. Le groupe de recherche de Chloe Chong et Michal Bassani-Sternberg a développé un modèle qui intègre diverses caractéristiques spécifiques aux tumeurs au moyen de données issues de l’immunologie, de la génétique et de la biologie cellulaire. Une importance particulière a alors été accordée aux séquences génétiques dites non codantes. En outre, des résultats d’études de spectrométrie de masse ont été arithmétiquement combinés les uns aux autres.

Grâce à cette nouvelle approche, des centaines de peptides HLA provenant de régions génétiques complètement différentes du génome ont pu être identifiés dans différents échantillons tumoraux. En outre, les deux chercheuses lausannoises ont mis en évidence des peptides HLA identiques dans les échantillons de tumeurs provenant de différents patients. Enfin, la nouvelle méthode a permis de découvrir un peptide immunogène associé aux marqueurs des cellules souches du mélanome malin.

Le grand nombre d’antigènes récemment découverts peut contribuer au développement de nouvelles immunothérapies contre le cancer. Librement accessibles à d’autres équipes de recherche, les résultats sont en outre déjà intégrés dans les premières études cliniques en cours au Centre hospitalier universitaire vaudois de Lausanne.

Integrated proteogenomic deep sequencing and analytics accurately identify non-canonical peptides in tumor immunopeptidomes. Chloe Chong, Markus Müller, HuiSong Pak, Dermot Harnett, Florian Huber, Delphine Grun, Marion Leleu, Aymeric Auger, Marion Arnaud, Brian J. Stevenson, Justine Michaux, Ilija Bilic, Antje Hirsekorn, Lorenzo Calviello, Laia Simó-Riudalbas, Evarist Planet, Jan Lubiński, Marta Bryśkiewicz, Maciej Wiznerowicz, Ioannis Xenarios, Lin Zhang, Didier Trono, Alexandre Harari, Uwe Ohler, George Coukos, Michal Bassani-Sternberg. Nat Commun 2020; 11(1):1293.

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Oncologie

Prof. Carsten Riether,
Hôpital de l’Île et Université de Berne

«Des anticorps pour combattre efficacement les cellules de leucémie myéloïde»

Dans la leucémie myéloïde aiguë (LMA), l’altération des cellules souches donne lieu à une prolifération incontrôlée de précurseurs cellulaires immatures dans la moelle osseuse, produisant des cellules sanguines finalement de plus en plus «défectueuses» et de moins en moins saines. Ces cellules souches leucémiques sont souvent résistantes aux chimiothérapies conventionnelles et à d’autres thérapies. Les options de traitement, notamment le traitement standard par des agents hypométhylants, sont spécifiquement limitées aux patients âgés et fragiles.

On dispose de peu d’informations permettant de comprendre les mécanismes moléculaires qui mènent à ces résistances. C’est ce qui a motivé Carsten Riether à orienter les recherches de son équipe vers ce sujet. Il leur a ainsi été possible de constater que les cellules souches pathologiques produisent une certaine molécule en plus grande quantité lorsque les patients atteints de LMA sont traités par des agents hypométhylants. Il s’agit du ligand appelé CD70. Exprimé à la surface des cellules souches leucémiques, le CD70 favorise la résistance aux médicaments anticancéreux. Serait-il alors possible de bloquer ce ligand au moyen d’un anticorps afin de rendre le traitement plus efficace? Voilà précisément l’objectif poursuivi par le chercheur bernois. Ses expériences menées en laboratoire ont permis d’éradiquer les cellules leucémiques myéloïdes au moyen d’agents hypométhylants utilisés en association à l’anticorps cusatuzumab dirigé contre le CD70. Sur la base de ces résultats, des patients atteints de LMA non traitée ont reçu une combinaison de cusatuzumab, suivie par un traitement standard dans le cadre d’une étude clinique de phase I. Les anticorps dirigés contre le CD70 ont ainsi permis une réduction significative du nombre de cellules leucémiques, y compris de cellules souches affectées, et les 12 patients étudiés ont tous répondu au traitement.

Cette étude de phase I a permis de mettre au jour un nouveau mécanisme de résistance au traitement des cellules leucémiques myéloïdes, permettant simultanément d’examiner une stratégie de traitement qu’il s’agira par la suite d’éprouver au moyen d’études cliniques reposant sur une population d’étude de plus grande envergure.

Targeting CD70 with cusatuzumab eliminates acute myeloid leukemia stem cells in patients treated with hypomethylating agents. Carsten Riether, Thomas Pabst, Sabine Höpner, Ulrike Bacher, Magdalena Hinterbrandner, Yara Banz, Rouven Müller, Markus G. Manz, Walid H. Gharib, David Francisco, Remy Bruggmann, Luc van Rompaey, Mahan Moshir, Tim Delahaye, Domenica Gandini, Ellen Erzeel, Anna Hultberg, Samson Fung, Hans de Haard, Nicolas Leupin & Adrian F. Ochsenbein. Nat. Med. 2020 Sep;26(9):1459-1467.

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Pédiatrie

Dr. Dr. Andrea Alexis Mauracher,
Hôpital universitaire pédiatrique de Zurich

«Influence du système immunitaire sur la formation des globules rouges»

Les maladies rares qui se manifestent dès l’enfance ont souvent des causes génétiques. C’est notamment le cas de la maladie STAT3 GOF, une déficience immunitaire congénitale rare. STAT3 désigne le gène muté et GOF, ou «gain de fonction» («gain of function» en anglais), l’accroissement de sa transcription. Cette réaction immunitaire excessive peut avoir les conséquences suivantes: une forte réduction des cellules sanguines, un gonflement des tissus lymphatiques, y compris de la rate, ou des maladies inflammatoires affectant le tractus gastro-intestinal. Une susceptibilité accrue aux infections et des modifications du tissu pulmonaire, de la glande thyroïde ou de la peau sont également possibles, de même qu’un diabète sucré de type 1 ou encore un retard de croissance staturale de l’enfant.

L’une des caractéristiques principales de cette maladie est le déficit en globules rouges. L’équipe de recherche d’Andrea Mauracher a par conséquent cherché à étudier l’anomalie de la maturation et du développement des globules rouges dans le sang et la moelle osseuse des enfants atteints de cette maladie. Afin de déterminer les causes des troubles de la maturation, elle a réalisé des expériences de culture cellulaire et des analyses de biologie moléculaire.

L’immunologiste zurichoise a ainsi pu démontrer que l’activation excessive du gène STAT3 inhibe les voies de signalisation essentielles à la maturation des globules rouges chez les patients pédiatriques. Cela favorise par ailleurs les processus inflammatoires, ce qui empêche également la maturation de ces cellules. En outre, la liaison du facteur de transcription STAT3 muté à d’autres protéines active la réaction inflammatoire induite par ces dernières. Sur la base de ces résultats, il a été ensuite possible d’améliorer le traitement d’une patiente présentant un accroissement de l’activité de STAT3 en recourant à un traitement ciblé.

Ces résultats indiquent un nouveau mécanisme menant au développement d’une anémie. Ils permettent non seulement d’avoir une influence sur le traitement des patients, mais peuvent également contribuer à mieux expliquer l’origine d’une anémie survenant dans le contexte d’autres maladies chroniques.

Erythropoiesis defect observed in STAT3 GOF patients with severe anemia. Andrea A. Mauracher, Julia J. M. Eekels, Janine Woytschak, Audrey van Drogen, Alessandra Bosch, Seraina Prader, Matthias Felber, Maximillian Heeg, Lennart Opitz, Johannes Trück, Silke Schroeder, Eva Adank, Adam Klocperk, Eugenia Haralambieva, Dieter Zimmermann, Sofia Tantou, Kosmas Kotsonis, Aikaterini Stergiou, Maria G. Kanariou, Stephan Ehl, Onur Boyman, Anna Sediva, Raffaele Renella, Markus Schmugge, Stefano Vavassori, Jana Pachlopnik Schmid. J Allergy Clin Immunol. 2020 Apr;145(4):1297-1301.

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Pédiatrie

Dr. Christa König,
Hôpital de l’Île et Université de Berne

Dr. Cécile Adam,
CHUV Lausanne

«Nouvelle limite de fièvre fixée à 39,0 °C chez les enfants atteints de cancer»

En oncologie, la déplétion leucocytaire entraîne fréquemment de la fièvre (complication) chez les patients qui suivent une chimiothérapie. Cette «neutropénie fébrile» (NF) doit être traitée si la température s’avère excessive. Lors d’une chimiothérapie, les enfants et les adolescents atteints d’un cancer présentent également fréquemment une neutropénie fébrile. Heureusement, de nos jours, le décès ne survient que chez moins d’un pour cent d’entre eux, grâce aux soins d’urgence. Il reste cependant difficile de déterminer une limite à partir de laquelle une fièvre exige absolument une antibiothérapie et une hospitalisation.

L’équipe de recherche de Christa Koenig et Cécile Adam a voulu étudier si une limite élevée pour la fièvre – fixée à 39,0 °C – n’est pas moins sûre qu’une limite plus basse à 38,5 °C ou si elle entraîne davantage de problèmes de santé. Dans six centres d’oncologie pédiatrique en Suisse, 269 enfants et adolescents ont participé à cette étude randomisée et contrôlée, d’approche pratique, et 360 cas de neutropénie fébrile ont pu être examinés. La limite de fièvre valable pour les patients a été modifiée de façon aléatoire chaque mois.

Les résultats ont montré que, pour la plupart des enfants et des adolescents atteints d’un cancer, une limite plus élevée fixée à 39,0 °C n’est pas moins sûre qu’une limite plus basse fixée à 38,5 °C. En outre, en élevant la limite, le nombre de cas de neutropénie fébrile diagnostiqués a été réduit d’environ un quart, avec pour conséquence une diminution du nombre d’hospitalisations et de traitements.

Ces résultats signifient qu’en Suisse et dans des pays comparables, il est désormais possible de recommander une limite standard fixée à 39,0 °C de fièvre pour le diagnostic de neutropénie fébrile chez la plupart des enfants atteints de cancer recevant une chimiothérapie. Cela aura non seulement une influence sur la prise en charge individuelle des patients, mais entraînera également d’importantes répercussions en matière d’économie de la santé.

39·0°C versus 38·5°C ear temperature as fever limit in children with neutropenia undergoing chemotherapy for cancer: a multicentre, cluster-randomised, multiple-crossover, non-inferiority trial. Christa Koenig, Nicole Bodmer, Philipp K A Agyeman, Felix Niggli, Cécile Adam, Marc Ansari, Bernhard Eisenreich, Nanette Keller, Kurt Leibundgut, David Nadal, Jochen Roessler, Katrin Scheinemann, Arne Simon, Oliver Teuffel, Nicolas X von der Weid, Michael Zeller, Karin Zimmermann, Roland A Ammann. Lancet Child Adolesc Health. 2020 Jul; 4(7):495-502.

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